Montréal, le 19 juin 2026 – Hoodstock, la Clinique juridique de Saint-Michel, la Ligue des droits et libertés et l’Association canadienne des libertés civiles ont adressé à la première ministre du Québec une lettre lui demandant officiellement de mettre en place une commission d’enquête publique sur le racisme policier et le profilage racial au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Les quatre organisations rappellent que les actes odieux de racisme signalés de la part de plusieurs agents du poste de quartier n° 39 du SPVM à Montréal-Nord ne constituent pas des incidents isolés.
Une commission d’enquête publique jouissant d’une indépendance totale constitue la seule voie crédible pour mener à des transformations sociétales visant à mettre fin au racisme policier et à garantir le plein respect des droits et libertés de toutes et tous.
Compte tenu du contexte actuel marqué par un manque de confiance envers les institutions policières, il est particulièrement important que le mandat et les modalités de cette commission d’enquête, tout comme le choix du commissaire, fassent l’objet de consultations avec les communautés directement concernées.
La lettre adressée le 18 juin à la Première ministre est disponible ici.
Références
« Le vendredi 12 juin, en soirée, nous avons appris que 16 policiers du PDQ 39 de Montréal-Nord faisaient l’objet d’une enquête pour des actes à caractère raciste et haineux. Pour beaucoup, cette nouvelle a ravivé de vieilles blessures. Elle nous ramène à la mort de Fredy Villanueva, aux promesses de changement qui ont suivi, puis à la résurgence du mouvement Black Lives Matter en 2020, qui a une fois de plus mis en lumière les mêmes réalités », déclare Cassandra Exumé, coordinatrice générale de Hoodstock
« Dix-huit ans après l’affaire Fredy, les habitant·e·s de Montréal-Nord continuent de dénoncer les mêmes problèmes. Une fois de plus, nous nous retrouvons pris dans un cycle bien connu : l’indignation, la couverture médiatique, les promesses, puis le silence. Pour une association comme Hoodstock, implantée à Montréal-Nord et engagée depuis près de deux décennies dans la lutte contre le racisme systémique et les violences policières, il est épuisant de devoir sans cesse répéter les mêmes constats sans voir de changements structurels.
Les Québécois·es issus des communautés noires et racisées ont droit à la même dignité, à la même protection et à la même justice que l’ensemble de la population québécoise. Aujourd’hui, vous avez l’occasion de nous le démontrer en soutenant la mise en place d’une commission d’enquête publique. C’est le moment de se ranger du bon côté de l’Histoire », poursuit Mme Exumé.
« Un problème systémique appelle une réponse systémique : la lutte contre le profilage racial doit devenir une priorité nationale, et la mise en place d’une commission d’enquête publique serait une mesure à la hauteur de l’enjeu. Les citoyens et citoyennes racialisés ne peuvent pas faire confiance aux mécanismes de contrôle actuels, qui se sont révélés inefficaces au fil des décennies. Cette même exigence de confiance impose que la composition et la gouvernance de cette commission soient à l’abri de tout conflit d’intérêts : elle ne saurait être supervisée par une personne issue des institutions policières mêmes qu’elle est chargée d’examiner. Il appartient désormais au gouvernement de démontrer, par ses actes et par le choix des personnes à qui il confie ce mandat, que le profilage racial n’a pas sa place au Québec », déclare Me Dardia G. Joseph, directrice générale adjointe de la Clinique juridique de Saint-Michel.
« Le SPVM et les institutions policières en général ne disposent pas du recul nécessaire pour remettre en question les pratiques et la culture qui ont permis aux problèmes de racisme et de profilage racial de perdurer au sein du SPVM. Seule une commission d’enquête publique jouissant d’une indépendance totale peut remédier à la perte de confiance actuelle de la population envers le SPVM », déclare Anaïs Bussières McNicoll, porte-parole pour le Québec et directrice des libertés fondamentales à l’Association canadienne des libertés civiles
« La Première ministre du Québec n’a d’autre choix que d’agir : son gouvernement doit s’engager à mettre en place une commission d’enquête publique sur le racisme policier et le profilage racial au sein du SPVM. Les voix se multiplient pour dénoncer les actes racistes commis par des policiers à Montréal-Nord et exiger que la Première ministre agisse rapidement. Le mandat, les modalités et le choix du commissaire ne doivent pas être imposés par Québec. Ils doivent être déterminés en consultation avec les communautés concernées », déclare Lynda Khelil, porte-parole de la Ligue des droits et libertés.



