MONTRÉAL (QC) — Le 29 octobre, l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) a participé à une conférence de presse organisée par le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) pour dénoncer la plus récente proposition du gouvernement du Québec : interdire aux élèves du primaire de porter des signes religieux.

Lisez l’allocution complète ci-dessous :

Bonjour,

Je m’appelle Anaïs Bussières McNicoll, je suis porte-parole Québec et directrice des Libertés fondamentales à l’Association canadienne des libertés civiles. Nous sommes un organisme indépendant, non-partisan et à but non lucratif fondé en 1964. Notre mission est de défendre les droits et libertés fondamentaux de tout le monde au Canada.

Depuis plus de sept ans, l’ACLC voit avec consternation le gouvernement québécois détourner la notion de laïcité de l’État pour exclure certains groupes religieux – les femmes musulmanes en particulier – de pans plus en plus grands de la vie publique.

Par le biais des lois 21, 94 et 9, le précédent gouvernement a interdit le port de signes religieux à certains membres du personnel de l’État, notamment les enseignants, les juges et les policiers, puis a progressivement étendu cette interdiction au personnel des écoles publiques, des écoles privées subventionnées et des services de garde publics ou subventionnés.

Ces lois discriminatoires, qui briment les libertés de religion et d’expression, ont des impacts dramatiques : des travailleuses ont fait l’objet de licenciements; des personnes étudiantes ont dû reconsidérer leurs ambitions professionnelles; certains organismes communautaires ne peuvent plus s’impliquer dans les écoles; et même des parents ne peuvent plus s’impliquer bénévolement auprès de l’école de leurs enfants.

Hier, le nouveau ministre de l’Éducation a confirmé l’intention du gouvernement d’aller encore plus loin, en étendant l’interdiction de port de signes religieux aux enfants fréquentant l’école primaire.

Comme porte-parole de l’ACLC, mais aussi comme mère, j’ai un message à passer au gouvernement aujourd’hui :

Une petite fille de 10 ans devrait avoir le droit d’aller à l’école.

Pas de « si ». Pas de « mais ».

L’éducation est un droit fondamental, et le devoir de l’État est de tout faire pour le protéger. Point final.

Comme société, on condamne régulièrement les pays où les jeunes filles se font priver d’éducation en raison de qui elles sont, ou de comment elles sont vêtues. On dit avec assurance que l’État n’a pas à imposer ses croyances aux femmes, et que tout le monde devrait avoir accès à l’instruction.

Je vous dirais que l’enjeu est le même ici : pour des raisons de morale, l’État québécois s’apprêter à priver certains enfants de leur éducation.

Déjà, l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire indiquait hier aux journalistes craindre que des élèves ne quittent l’école. Cette association, tout comme la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, signalaient aussi que le port de signes religieux n’est pas un enjeu dans les écoles.

Donc une fois de plus, on est devant une solution à la recherche d’un problème. Et cette fois-ci, l’État québécois s’attaque à certains enfants, et envoie au passage à tous les élèves un message d’exclusion et de rejet de la différence.

Au gouvernement québécois, je dis : Notre mobilisation ne fait que commencer. Des centaines de groupes de la société civile collaborent déjà au sein d’une Coalition contre l’instrumentalisation de la laïcité au Québec – et l’annonce d’hier ne fait que confirmer l’importance et l’urgence de notre travail.

À la population qui n’en peut plus de voir leurs décideurs gouverner par la peur et l’exclusion plutôt que de s’attaquer aux enjeux sociaux les plus criants, dont la santé, l’éducation, le logement, l’environnement et le coût de la vie, je dis : rejoignez-nous.

Merci.

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