Plus de trente-cinq organisations, experts et groupes de la société civile appellent les dirigeants fédéraux canadiens à combler une lacune majeure en matière de protection de la vie privée en soumettant les partis politiques fédéraux à la législation canadienne relative à la protection de la vie privée.

Dans une lettre ouverte adressée à Son Excellence Mark Carney, Premier ministre du Canada, ainsi qu’au chef de l’opposition officielle et aux chefs des autres partis politiques fédéraux, les signataires exhortent le Parlement à établir des règles claires et applicables en matière de protection de la vie privée, régissant la manière dont les partis politiques collectent, utilisent et partagent les données personnelles des Canadiens.

À l’heure actuelle, les partis politiques fédéraux opèrent en dehors du cadre réglementaire canadien en matière de protection de la vie privée. Contrairement aux hôpitaux, aux banques, aux établissements scolaires et aux organismes gouvernementaux, les partis politiques ne sont soumis ni à une législation fédérale contraignante en matière de protection de la vie privée, ni à un contrôle indépendant. Cela signifie qu’ils peuvent collecter des informations personnelles hautement sensibles — notamment les adresses des électeurs, leurs données démographiques, leurs préférences en matière de enjeux et leurs convictions politiques présumées — sans bénéficier des mêmes garanties juridiques que celles qui s’appliquent aux autres institutions.

80 % des Canadiens estiment que les partis politiques fédéraux devraient se conformer aux mêmes règles en matière de protection de la vie privée que les entreprises et les organismes publics. Une récente fuite de données concernant la liste électorale de l’Alberta, imputable à un parti politique et touchant près de 3 millions d’Albertains, met en évidence ces préoccupations. Malgré cela, d’importantes lacunes continuent de permettre aux partis politiques fédéraux de collecter et d’utiliser les données personnelles des Canadiens sans être soumis, ou presque, à une obligation de rendre des comptes à des instances externes ni à un contrôle indépendant. Or, la récente tentative du gouvernement fédéral de mettre à jour notre législation en matière de protection de la vie privée, le projet de loi C-36, ne fait rien pour combler ces lacunes.

Cette lettre met en évidence l’inquiétude croissante selon laquelle ce fossé sape la confiance du public dans les institutions démocratiques, d’autant plus que les partis politiques fédéraux s’appuient de plus en plus sur la collecte de données à grande échelle, le ciblage numérique et les courtiers en données tiers pour établir des profils détaillés des électeurs.

Les récents sondages cités dans la lettre montrent que le public soutient massivement la réforme, notamment :

  • 80 % des Canadiens estiment que les partis politiques fédéraux devraient se conformer aux mêmes règles en matière de protection de la vie privée que les entreprises et les organismes du secteur public.
  • 84 % des personnes interrogées sont favorables au droit d’accès aux données à caractère personnel détenues par les partis politiques.
  • 85 % d’entre eux sont favorables au droit de rectifier ou de supprimer ces informations.
  • Seuls 5 % d’entre eux soutiennent le système actuel, dans lequel les parties définissent et appliquent leurs propres politiques de confidentialité sans contrôle externe.

Les signataires font valoir qu’il ne s’agit pas simplement d’une lacune technique, mais d’une lacune démocratique. Ils soulignent que, sans protections claires ni contrôle indépendant, les Canadiens n’ont aucun contrôle réel sur la manière dont leurs données personnelles sont utilisées dans le cadre des campagnes politiques.

Dans cette lettre, des organisations et des experts appellent le Parlement à agir avant les prochaines élections fédérales en :

  • Appliquer aux partis politiques fédéraux et à leurs représentants une législation contraignante en matière de protection de la vie privée, conforme aux principes canadiens établis en la matière ;
  • Garantir aux électeurs des droits effectifs d’accès, de rectification et de suppression de leurs données à caractère personnel détenues par les partis politiques ;
  • Garantir un contrôle indépendant exercé par le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, doté d’un pouvoir d’exécution ;
  • Abroger ou rejeter les textes législatifs qui ne répondent pas à ces normes, notamment les projets de loi C-4 et C-25.

Parmi les signataires figurent des organisations de défense des libertés civiles, des défenseurs des droits numériques, ainsi que des experts issus du monde de la recherche et de l’enseignement supérieur de tout le Canada.

Signataires en tant qu’organisations : Apathy is Boring, Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique (BCCLA), Association pour la liberté d’information et la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique (FIPA), Association canadienne des libertés civiles (ACLC), Centre for Digital Rights, Democracy Watch, Fair Vote Canada, GoodBot, LeadNow, Conseil national des musulmans canadiens (NCCM), OpenMedia, Open North, PEN Canada, Conseil canadien de la protection de la vie privée et de l’accès à l’information, Centre de défense de l’intérêt public (PIAC), Public Interest Alberta (PIA), Technologists of Democracy, Tech Reset Canada.

Signataires en qualité d’experts : Sara Bannerman (Université McMaster), Vass Bednar (Canadian Shield Institute), Colin Bennett (Université de Victoria), Andrew Clement (Université de Toronto), Elizabeth Denham (ancienne commissaire à l’information et à la protection de la vie privée du Royaume-Uni et de la Colombie-Britannique), David Fraser (McInnes Cooper, Université Dalhousie), Michael Geist (Université d’Ottawa), Blayne Haggart (Université Brock), Guy T. Hoskins (Université Carleton), Evan Light (Université de Toronto), Matt Malone (École Balsillie des affaires internationales), Fenwick McKelvey (Université Concordia), Kate Robertson (Citizen Lab, École Munk des affaires mondiales, Université de Toronto), Laith Sarhan (Sarhan Data Law), Natasha Tusikov (Université York), Kenneth Werbin (Université Wilfrid Laurier), Janet Wesselius (Université de l’Alberta), Dwayne Winseck (Université Carleton) et David Yount (David Young Law).

Les organisations de tout le Canada sont invitées à ajouter leur nom à la lettre et à soutenir un renforcement de la protection de la vie privée des électeurs.

Ce que vous pouvez faire pour soutenir cette campagne :

Cette campagne s’appuie sur la demande croissante du public en matière de transparence concernant la manière dont les partis politiques traitent les données à caractère personnel — et réclame des mesures de protection de la vie privée conformes aux normes déjà appliquées à d’autres grandes institutions au Canada.

Lisez l’intégralité de la lettre ouverte en français et en anglais.

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