La vérificatrice générale de l’Ontario a sévèrement critiqué cette semaine un organisme provincial pour son rôle dans une intrigue digne d’un film de science-fiction sur Wall Street, qui est malheureusement bien réelle. Elle a conclu que les acteurs de la version torontoise d’une « ville intelligente » futuriste et numérique n’étaient pas aussi intelligents qu’ils auraient dû l’être.
Depuis que Waterfront Toronto et Sidewalk Labs ont annoncé leur projet de ville intelligente « Quayside », nous, à l’ACLC, nous nous interrogeons sur les risques liés à la vie privée et à la sécurité, ainsi que sur le casse-tête que représente le consentement à la collecte de données dans une ville truffée de capteurs. De sérieuses questions se posent également concernant la propriété intellectuelle, la responsabilité publique et démocratique, ainsi que la question de savoir si la ville et ses habitants seront les véritables bénéficiaires du partenariat entre Waterfront et Sidewalk.
Cela ne devait pas se passer ainsi. Une ville «construite à partir d’Internet ». Tel était le argumentaire initial de Sidewalk Labs en réponse à un appel d’offres lancé par Waterfront Toronto pour trouver un partenaire en matière d’innovation et de financement afin de développer les terrains riverains du front de mer à Toronto. C’était une ambition digne d’une filiale d’Alphabet, la société mère de Google.
Il suffit pourtant de jeter un coup d’œil rapide à un journal, pratiquement n’importe quel jour de la semaine, pour constater les problèmes de confidentialité inhérents au principal modèle économique d’Internet : collecter des quantités colossales de données issues des interactions quotidiennes et les exploiter à des fins lucratives. Que se passe-t-il lorsque nous commençons à mettre en place les moyens de collecter des informations sur les habitants de notre ville dans nos rues et nos bâtiments ? Et que se passe-t-il ensuite lorsque ces données sont combinées à d’autres données encore, par exemple celles provenant de notre smartphone personnel équipé du système d’exploitation de Google ?
Le 5 décembre, le rapport annuel du vérificateur général de l’Ontario a soulevé bon nombre de ces mêmes questions, tout en remettant en cause l’équité du processus qui a abouti à la sélection de la proposition de Sidewalk Labs. Le rapport reproche à Waterfront Toronto de ne pas avoir « consulté de manière adéquate les différents niveaux de gouvernement » au sujet du projet. Il identifie également « des préoccupations dans des domaines tels que la protection des consommateurs, la collecte de données, la sécurité, la vie privée, la gouvernance, la législation antitrust et la propriété intellectuelle », en précisant : « Il s’agit là de domaines ayant des répercussions à long terme et de grande envergure que le gouvernement provincial, en collaboration avec la ville de Toronto, doit aborder sous l’angle du cadre politique afin de protéger l’intérêt public avant que cette initiative n’aille plus loin. »
La vérificatrice générale de l’Ontario a raison. L’innovation technologique peut contribuer au bien commun, ou au contraire causer du tort. Une ville ne devient pas « intelligente » simplement parce qu’elle installe de nouveaux gadgets technologiques rutilants. Elle devient intelligente lorsque les résidents, les experts, les technologues, les élus, la société civile et les autres parties prenantes s’engagent dans un processus sérieux visant à imaginer, puis à construire une ville qui réponde aux besoins identifiés d’une manière qui nous convienne et qui reflète nos valeurs communes pour un lieu de vie durable, inclusif et respectueux des droits. Le rapport du vérificateur général est un signal d’alarme.
Mais ce n’est pas la première. Ann Cavoukian, ancienne commissaire à la protection de la vie privée de l’Ontario et experte en la matière, a démissionné de son poste de responsable interne de la protection de la vie privée en octobre. Il y a eu de nombreuses autres démissions, qui auraient toutes dû alarmer les trois niveaux de gouvernement.
D’autres « villes intelligentes » à travers le monde abordent cette question différemment de Toronto. Cependant, Keerthana Rang, porte-parole de Sidewalk Labs, a répondu au rapport du vérificateur par une argumentation défensive qui ne satisfera probablement ni les habitants de Toronto ni le vérificateur. Il est temps que Toronto fasse preuve de plus de discernement dans ce dossier, et ce, sans tarder.
À propos de l'Association canadienne des libertés civiles
L’ACLC est une organisation indépendante à but non lucratif qui compte des sympathisants dans tout le pays. Fondée en 1964, l’ACLC est une organisation nationale de défense des droits de l’homme qui s’engage à défendre les droits, la dignité, la sécurité et les libertés de toutes les personnes au Canada.
À l'attention des médias
Pour toute remarque complémentaire, veuillez nous contacter à l’adresse suivante : media@ACLC.org.
Pour suivre l'actualité en direct
N’hésitez pas à consulter régulièrement cette page ainsi que nos réseaux sociaux. Vous pouvez nous retrouver sur Instagram, Facebook, Twitter et Blue Sky.



