CCLA COVID - MISES A JOUR EN DIRECT

La lutte pour la liberté pendant une pandémie

Le 1er avril 2020.

Allez lire "Moving Into a Period" de Leonard Cohen dans son livre des désirs. Cohen a prévu que notre actuelle pandémie allait engendrer l'autoritarisme et la captivité, au milieu des meilleurs efforts épidémiologiques. Nos autorités élues pourraient faire pire que de s'attarder sur une prophétie savante, plutôt que de s'attarder de plus en plus sur des constructions subjectives de conduite correcte ; plutôt que d'inspirer trop de peur et d'exhaler une version particulière de l'ordre.

Comme l'a écrit Cohen, au milieu du chaos, "l'aspiration du public à l'ordre invitera de nombreuses personnes obstinées et intransigeantes à l'imposer. La tristesse du zoo s'abattra sur la société". La soif de contrôle et d'ordre engendre plus de règles, plus de règles à enfreindre, plus de transgresseurs de règles, et encore plus de règles pour punir les transgresseurs de règles qui se multiplient, alors qu'il ne s'agit pas de COVID. Il s'agit de Rudy Giuliani BS sur les fenêtres brisées et les méchants, alors qu'il est censé s'agir de prévenir et de traiter une maladie.

En attendant, il est difficile de faire la distinction entre les ricanements et les ordres juridiques démocratiquement responsables qui peuvent être contrôlés par le pouvoir judiciaire pour garantir la conformité à la constitution. Les restrictions époustouflantes de nos libertés canadiennes s'accumulent. Parmi elles, nous voyons nos autorités commencer à dériver du terrain solide des justifications de santé publique, vers un modèle de suppression paniqué. La police arrête des personnes et des véhicules sans raison valable ; les personnes vivant dans la rue ou à proximité sont régulièrement harcelées, le cardage est de retour en Ontario ; des lignes officielles de dénonciation sont mises en place pour permettre la rage ; les procureurs s'entêtent à combattre les faits épidémiologiques au nom du risque spéculatif pour l'ordre public, remplissant des prisons qui ont besoin d'être évacuées ; les réfugiés sont soumis à des conditions pires qu'un chenil ; et l'État s'engouffre dans les salles à manger de la nation pour casser un sedar de la Pâque.

Nous savons de la Chine comment cela se passe. Nous connaissons le prix payé pour y arriver. La répression au détriment de la liberté, sans aucune responsabilité. Une amputation précipitée et sommaire de la dignité humaine, mais la plupart des patients survivent. Nous avons pris plus de temps, mais nous y allons rapidement. Lorsque cette courbe commencera à se courber, nos autorités devront-elles rendre des comptes pour avoir dépassé les limites ? Je ne dirais pas qu'on célèbre la crise d'octobre 1970 comme un triomphe de tout sauf de l'exagération, de la panique et de la bravade. La loi fédérale sur les mesures de guerre a donc été pratiquement vidée de sa substance, pour se propager comme un virus aux législations provinciales dans tout le Canada. Ah, le fédéralisme.

Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est un ajustement de la part des autorités, afin de mettre davantage l'accent sur le fait que chaque nouvelle restriction doit répondre aux critères constitutionnels de nécessité de santé publique et de proportionnalité des droits ; sur la base de preuves solides, et non de reportages anecdotiques et de médias sociaux, ou de renseignements policiers uniquement. À aucun moment, la réponse du gouvernement à la COVID ne devrait être autre chose que de l'épidémiologie. Pas d'obéissance aux élus (allez le peuple !) et à l'ordre public, de peur que les moyens ne deviennent la fin.

Et tirez les rideaux. Nos autorités peuvent mieux partager leur travail à huis clos, en mettant en lumière la nécessité scientifique de chaque nouvelle restriction ; en exposant expressément les moyens équilibrés d'atteindre les objectifs de santé publique. Elles pourraient occasionnellement s'associer aux professionnels de la santé publique et aux personnes chargées de protéger nos droits, comme les responsables de la protection de la vie privée et autres.

Les gouvernements doivent comprendre que la plupart des autorités chargées de faire respecter la loi sont des marteaux, pour lesquels tout est un clou. Les législateurs doivent donc mieux soutenir le recours à la police et aux agents chargés de l'application des règlements, principalement pour éduquer et avertir. L'inculpation ne devrait être qu'une mesure de dernier recours, comme l'a récemment déclaré l'Association canadienne des chefs de police. En cas de cardage, il faut au moins conserver toutes ces informations dans un coffre-fort de santé publique, à l'écart des enquêtes criminelles, et les détruire par la suite.

J'ai appris d'une décennie d'élus que la nature du pouvoir est aussi comme un virus. La confiance du public se gagne, non pas une fois pour toutes, mais continuellement par des actions et non par des promesses. Je ne fais pas confiance aux autorités parce que c'est mon travail, mais aussi parce que c'est leur travail d'agir dans le respect de l'État de droit. Parce que les élus ne sont pas des divinités mais des personnes chanceuses qui ont un emploi aujourd'hui, dans une démocratie régie par une constitution. Aujourd'hui, faire leur travail démocratique implique en effet une réduction de la liberté, avec le pouvoir impressionnant de la loi. Mais pourquoi, quand et comment cela se fait, cela compte.

 - Auteur : Michael Bryant

Michael Bryant est le directeur exécutif de l'Association canadienne des libertés civiles et a été le 35th Procureur général de l'Ontario. 

 
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