CCLA COVID - MISES A JOUR EN DIRECT

La distance physique ne devrait pas empêcher la dissidence publique

3 avril 2020.

Par Cara Zwibel, Association canadienne des libertés civiles 

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Vous vous souvenez de la protestation et de la dissidence ? Il est difficile de croire qu'il y a six semaines à peine, le pays était consumé par ce seul fait - les inquiétudes concernant les blocages de trains en soutien au Wet'suwet'en, qui s'oppose au projet de liaison gazière côtière. Les protestations et les blocages n'ont pas seulement suscité un débat parmi les Canadiens, ils ont également mis en évidence le rôle essentiel que joue la liberté de réunion pacifique dans notre système démocratique. Ceux qui ont soutenu que les blocus étaient un exercice vital des droits - ou une déviation nécessaire de la loi - comprennent que la protestation peut être un agent de changement efficace. Même ceux qui se sont opposés aux blocus et ont appelé à l'arrestation des manifestants ont pu apprécier l'importance symbolique que la protestation à grande échelle joue dans l'inscription de questions jusqu'alors ignorées à l'ordre du jour national.

Beaucoup de choses ont changé en six semaines.

La liberté de réunion au Canada a été, à toutes fins utiles, suspendue indéfiniment. Les restrictions aux rassemblements publics qui ont été mises en place dans tout le pays n'empêchent pas seulement une protestation ou un blocus à grande échelle. Dans certaines juridictions, il est désormais illégal pour plus de cinq personnes de se réunir en public. C'est notamment le cas dans deux des plus grandes villes du Canada, Toronto et Montréal.

Le message général - rester à la maison - est assez clair, et il est important, nous dit-on gravement, jour après jour. Dans l'ensemble, les gens nous écoutent et, de manière générale, les Canadiens restent fidèles à notre réputation internationale de politesse et de déférence envers le gouvernement. Cependant, il semble que même si vous suivez toutes les règles (si vous pouvez les suivre au fur et à mesure de leur évolution et de leur transformation au jour le jour) et si vous appréciez la gravité de la crise actuelle, nous vivons dans un climat où presque toute remise en question des ordres du gouvernement peut entraîner l'étiquette de "covidiot".

Même si les politiciens grincheux se plaignent parfois du non-respect des règles, il est assez remarquable de voir combien de personnes font ce que les gouvernements nous disent de faire. Ce qui nous ramène à l'importance du droit de manifester et au rôle que joue le rassemblement pacifique dans l'exercice de ce droit. C'est un moment de restrictions sans précédent de nos libertés civiles - et ce sont ces mêmes restrictions qui ont sérieusement limité notre capacité à manifester notre désaccord par le biais de la protestation. Mais cela ne signifie pas que nous devons nous reposer sur nos lauriers. À un moment où l'on nous demande de faire des sacrifices personnels pour le bien-être collectif, nous pouvons nous poser des questions très raisonnables et importantes sur la manière dont les restrictions actuelles affectent les personnes les plus vulnérables et les plus marginales de la société.

Quelles sont les mesures prises pour protéger les détenus de cette menace pour la santé publique ? Comment les diktats des fonctionnaires nous exhortant à "rester chez nous" affectent-ils les sans-abri ? Les tentatives visant à garantir que la propagation du virus est effectivement suivie vont-elles signifier des incursions déraisonnables dans nos droits à la vie privée et à éviter la surveillance du gouvernement ? Qu'en est-il des chambres du pouvoir où sont prises les décisions du gouvernement ? Là où des réunions auparavant publiques se déroulent désormais par vidéoconférence ou dans des formats qui peuvent exclure la participation du public, comment faire entendre notre voix ?

Certaines institutions importantes ont un rôle à jouer pendant une crise, pour souffler le vent dans les voiles des gouvernements, par l'intermédiaire du journalisme et des législateurs de l'opposition. Mais qu'en est-il pour vous ? Si nous devons trouver des moyens créatifs pour y parvenir, nous ne devons pas hésiter à remettre en question les limites qui sont imposées à nos libertés - à poser des questions difficiles à nos élus et à insister pour obtenir des réponses cohérentes. Nous pouvons comprendre que les gouvernements s'efforcent de relever des défis sans précédent, tout en les tenant responsables des décisions qu'ils prennent. C'est ce que signifie vivre dans une démocratie, même en situation de crise.

Cara Zwibel est la Directrice, Programme des libertés fondamentales à l'Association canadienne des libertés civiles.  En tant que conseil, elle  est déjà apparueet a été commis, la Cour suprême du Canada. 

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